Un paquebot à ancrer dans la ville

Reconversion des Magasins Généraux de Pantin (93), 2008

CONTEXTE

Le bâtiment, construit dans les 1930, est situé dans la nouvelle «ZAC du Port» à Pantin, ville industrielle en pleine mutation. Les bâtiments industriels de cette ZAC ont tous été détruits sauf celui-ci qui n’est pourtant ni classé, ni inscrit à l’inventaire des monuments historiques mais une réhabilitation est prévue dans le PLU.

Le site a été abandonné par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (CCIP) en 2001 puis a été vendu en 2004 à l’aménageur local (SEMIP).

 

Le bâtiment des Magasins généraux est situé au pivot entre une zone d’activités industrielles en pleine mutation et à la limite de l’extension de la ville résidentielle et tertiaire. Visible partout dans la ville, omniprésent par sa démesure, on peut difficilement l’ignorer.

Autrefois zone industrielle interdite au public, le lieu est aujourd’hui fréquenté par des promeneurs ou des sportifs, profitant du calme le long de canal de l’Ourcq propice à la balade et proche du centre-ville.

 

FONCTIONNEMENT DE L'EXISTANT

Les anciens magasins généraux étaient des entrepôts placés au bord du canal dans le but de faciliter le transport et accélérer le stockage du fret. Les marchandises, amenées par des péniches étaient directement déchargées et stockées à l’aide de grues et de ponts roulants dont nous avons essayé de décrypter le fonctionnement.

L’existence d’un socle de plus d’un mètre n’est pas non plus fortuite, puisque cela facilitait également le (dé)chargement depuis des wagons circulant sur des voies ferrées disposées au bas des deux façades longitudinales. dans les années 60, ce socle a été utilisé plutôt pour le déchargement de camions.

A l’extrémité est du bâtiment A fut ajoutée une trame supplémentaire ainsi qu’une tour contenant un dispositif complet d’aspiration du grain pour ensuite le répartir dans les étages grâce à de multiples dispositifs pneumatiques. Le lanterneau surmontant les deux bâtiments était d’ailleurs destiné à accueillir un tapis roulant pour le transport des céréales.

Ainsi, chaque élément architectonique était associé à une fonction. rien n’était décoratif mais chaque élément étant pensé dans “un souci d’efficacité productive” grâce à un dispositif mécanique le plus efficace possible.

Néanmoins, le contraste entre la massivité des ouvrages et la finesse des coursives qui les enserrent, ou encore entre la puissance de l’ordre constructif et la subtilité du découpage des travées en façade, est souvent mentionné pour souligner le caractère remarquable d’une «composition hiérarchisée, dont on peut penser qu’elle ne résulte pas seulement de la transposition immédiate de contraintes fonctionnelles».

 

TRANSPOSITION - MUTATION

Parce que l’on s’inscrit dans une logique de mutation d’un bâtiment existant et non de tabula rasa il peut sembler important de montrer, même au second degré à quoi avait servi ce bâtiment. Ainsi, citons la démarche de Dietmar Feichtinger, pour un bâtiment neuf s'inspirant du contexte. Peut-être un peu littérale, avec le centre de gestion des conteneurs à gennevilliers (2005). Il s’est inspiré de la forme et de la morphologie des conteneurs pour que l’image générale de l’édifice s’inscrive dans l’architecture portuaire.

Dans les ports d’Amérique du Nord, de nombreux entrepôts se sont libérés dans les années 1960-70 avec l’arrivée des containers*. (*d'après "Transcriptions d'architectures - Architecture et patrimoine, quels enjeux pour demain ? - Philippe Robert et Christine Desmoulins). Cette innovation technique qui a permis l’évolution du stockage est à l’origine de la notion de reconversion architecturale, devenue nécessaire.

 

Cela pose la question de la bonne adéquation entre une forme et une fonction, le stockage n'ayant plus besoin d'enveloppe architecturale puisque les marchandises sont transportées avec un "contenant".

 

Si les Magasins généraux dans leur configuration originelle utilisaient des éléments métalliques additionnels pour permettre l’activité du bâtiment, qu’est-il possible d’imaginer pour transposer cette image ou plutôt actualiser l’essence de leur fonction et de leur rapport au bâtiment ? Le rapport entre le meuble et l’immeuble, notion que l’on retrouve dans la complémentarité entre les éléments métalliques nécessaires au fonctionnement du bâtiment et la structure en béton qui semble figée.

encore faut-il dégager les contours de cette essence. Ainsi, plus que le contraste entre la massivité de la structure et la finesse des éléments additionnels ou la puissance et la subtilité, celui qui régit la relation entre le statique, le fixe ou l’immuable et le mobile, le fluide ou le provisoire se résorbe ici dans la notion même de fonctionnalité. Un couple paradoxal ou dialectique.

 

ORIENTATIONS PROJECTUELLES

Les enjeux de l'enveloppe.

Comment conserver le caractère massif de ce bâtiment, l’expressivité, tout en allégeant son impact sur la ville ? Comment intégrer un paquebot dans une ville ? Une trame structurelle en béton armé visible de l’extérieur, des trames identiques qui semblent pouvoir laisser place à une expression de couleurs et de matières à l’intérieur de chaque trame, divisant le bâti tout en lui donnant une cohérence sur l’ensemble. Une mini-ville horizontale.

Dans une zone en cours de mutation, d’ouverture d’une ancienne zone industrielle sur la ville, ce bâtiment est un pivot incontournable entre CANAL (industries, paysage, histoire...) et VILLE (opportunités, modernité, changement...).

Ainsi, pour intégrer le bâtiment dans la ville tout en gardant un ancrage dans son contexte précédent, Puisque la nouvelle ZAC sera l’occasion de retisser les liens entre les deux, d’amener la ville jusqu’au canal, l’enveloppe est une synthèse de ces enjeux en alternant mise aux normes de l’existant (en gardant la même typologie) et changement plus significatif voire réinterprétation.

 

MORPHOLOGIE

Pour donner une lecture du fonctionnement de la mixité, des circulations extérieures ont été choisies. Une manière de rendre possible un grande mixité programmatique dans ce bâtiment mais aussi un hommage à l'usage historique de ce bâtiment.

 

CHOIX DE TEXTURES EN FAÇADE

Faire du neuf avec du vieux ? Matériaux, matières, textures abîmées, rouillées, rayées, rapées, cassées, brulées par le soleil... Par le temps qu’il fait ou le temps qui passe. La vie rappelle son passage. Quand un matériau est-il en fin de vie ou au début d’une autre ? Reconvertir un bâtiment signifie aussi se poser la question de la temporalité, non seulement dans son utilisation mais aussi dans son image.

Ainsi dans l’analyse, nous nous étions intéressés à la fois aux couleurs mais aussi aux changements d’intensité et de saturation des couleurs en fonction du temps qu’il fait et à la dégradation progressive d’un bâtiment laissé à l’abandon. Comment conserver cette «magie du délaissé» tout en le remettant en fonctions ?

 

Conception Yoann FAUGERON